Edito Mai 2020

Dislocations, tensions et retracements

Dans cet « édito » je vous propose un point sur les marchés arrêté au 30 avril.
Il vous décrit les mouvements des principaux marchés financiers de taux ou d’actions depuis les points hauts des indices le 19 février 2020 et leurs points bas du 23 mars 2020.

Cette observation permettra de nous questionner sur l’efficience des marchés.

  • D’une part, au travers du prisme de l’analyse technique des retracements depuis le 23 mars du plus grand marché du monde le SP 500 (21 500 milliards de $ de capitalisation )
  • D’autre part, sur le caractère prédictif des mouvements de taux sur le marché obligataire américain (44 000 Milliards de $) en posant la question : le marché obligataire des US Treasuries a- t-il toujours raison ?

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1. Suivi des marchés au 30 avril 2020 :

Niveaux des taux souverains à 10 ans et performances : dislocations.

  • Baisse sensible des taux longs US de moins 1,28% depuis le début de l’année qui sont passés de 1,92% à 0,64% après avoir touché un plus bas historique à 0,31%.
  • On notera cependant un moment de dislocation des courbes d’Etat entre le 9 mars avec un Taux 10 Ans US à 0,31% et le 18 mars qui remonte à 1,28%.avant de rebaisser .
  • Depuis le plus haut des marchés actions la baisse est de -0,92% .
  • En Europe , les taux longs baissent également mais dans une moindre mesure (Bund -0,41% et OAT 10 ans -0,21% ) à l’exception notable des taux italiens qui se sont tendus de +0,36% après un plus haut à 3% !
  • En conséquence et sans surprise, l’indice obligataire des US TREASURIES s’apprécie de près de 9% depuis le début de l’année.
  • Celui des obligations d’Etat de la zone Euro ne progresse que de + 0,77% en raison des tensions sur les dettes des pays dits périphériques.

Niveaux des spreads des obligations d’entreprises et performances : tensions

  • Sous l’empire de la mise à l’arrêt des entreprises, les primes de risque des dettes privées se sont fortement tendues.
  •  Si les spreads des meilleurs ratings (Investment grade ) doublent et montent de 40 points de base (1 point de base = 0,01%) , ceux des obligations privées dites à haut rendement se tendent violemment de 350 à 400 points de base et au plus fort de la crise de plus de 700 points .
  • Les rendements courants pointent désormais entre 6% et 8% contre 2,5% à 4% en début d’année.
  • Les performances des indices obligataires de ce compartiment sont fortement impactées et sont négatives tant aux USA (-8,75% ) qu’en Zone Euro (- 9,88%) depuis le début de l’année.

Niveaux des obligations Indexées sur l’inflation : chute des anticipations d’inflation

  • Aux Etats Unis, les taux réels baissent (Taux de rendement des Treasuries Inflation protected securities TIPS) de 0,45% mais beaucoup moins que ceux des taux nominaux (-1,28%).
  • Les « points morts inflation » (Taux de marché des taux fixes – Taux de marché des obligations indexées de maturité 10 ans ) qui mesurent les anticipations d’inflation sur l’horizon de 10 ans du marché passent de 1,78% à 1,07% aux US et sont divisés par deux en zone euro (+0,53% sur le « Bund ei » à 10 Ans contre +1% ) .
  • Les indices de performances des obligations indexées inflation restent positives mais modestes en comparaison avec ceux des taux fixes US d’Etat (+0,82% en USD et + 2,74% couverte en euro).

Niveaux des indices d’actions : retracements

  • Les grands indices se sont repris depuis les plus bas du 23 mars 2020
  • Le rebond est plus marqué aux Etats Unis qu’en Zone Euro
  • Les indices restent cependant dans le rouge depuis les plus hauts atteints le 19 février 2020 (entre – 14% et -25% ) et depuis le début de l’année (entre -10% et -24%)
  • Les retracements vont de 50% à 61,8% du grand mouvement de baisse depuis le 19 février 2020 (voir encadré )
Source : Bloomberg

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps

2. Le graphique de l’édito : les retracements

Le Graphique  :  SP500 : le retracement des 61,8% depuis les plus bas du 23 mars 2020

Source : Bloomberg

Que le plus grand marché du monde, et donc directeur, fonctionne en mode « Fibonacci » sera toujours pour moi une source de fascination.

Et pourtant le constat est là.
Le SP 500 a pris pour habitude, notamment dans les périodes de crise, de se conformer aux règles de ce mathématicien et de ses fameux ratios qui sont utilisés par les acteurs des marchés pour prendre positions sur les retracements ou extensions du prix d’un actif.
Sinon, comment expliquer que ce marché vient de corriger très exactement 50% de sa hausse depuis 2010 (sortie de la récession de 2009) et 76,4% de sa hausse depuis 2016 (Brexit) avant de rebondir.

Graphique 2 : SP 500, des retracements de 50 % de la hausse depuis 2010 et de 76,4% de la hausse depuis 2016

Source : Bloomberg

D’aucuns y verront de la « sorcellerie » (Nicolas Bouleau , Mathématiques et risques financiers,  Odile Jacob 2009).
Le fondamentalistes (mais peu « mentalist »)  traiteront de fou ceux qui apportent du crédit à ces analyses.
J’aime pour ma part la formule de mon professeur de finance :  « l’analyse technique est à l’étude des marchés financiers ce que l’alchimie est à la chimie »  (Hubert de La Bruslerie, Gestion obligataire Economica 2006).

L’utilisation en finance de marché du nombre d’Or  (et du ratio d’Or) tiré de la suite de Fibonacci  et de ses dérivés n’est bien sûr pas étrangère à cette vision.
Mathématicien du 13éme siècle, Fibonacci  inventa la suite qui porte son nom ; elle commence par 1,1 et le prochain nombre est la somme des deux précédents nombres :

Avec le nombre d’OR et le ratio d’OR  :
233/144= 1,618    soit le nombre d’OR  = (1+√5)  /2= 1,61803398875=Φ
144/233 = 0,618   soit le ratio d’OR  = 1/1,618 = 0,618= (-1+√5)/2
Ainsi que les ratios classiques qui en découlent :
23,6 %, 38,2%,50%, 61,8%, 76,4%
 
J’y vois notamment de la psychologie humaine et une techniques utile de mesures des risques directionnels du prix d’un actif (à la baisse comme à la hausse).
Si l’analyse fondamentale répond à la question POURQUOI et OU (surtout pourquoi  d’ailleurs), l’analyse technique  décrite ci-dessus répond souvent à la question  COMBIEN.
On notera qu’historiquement ce ratio de 61,8 % de retracement (à l’instar de la moyenne mobile 200 jours ) a été le plus souvent un point d’inflexion dans le cycle d’évolution du prix d’un marché.

3. Le débat de l’édito : le marché obligataire des US TREASURIES a- t-il toujours raison ?

Je vous propose deux graphiques pour essayer de répondre à cette question :

  1.  Le graphique 3 montre qu’après chaque point haut des taux 10 ans sur l’US TREASURIES (en blanc) accompagné d’un « rallye » sur les actions, les indices ,ici le SP 500 en vert, ont violement baissé (entre – 20% et – 50%).
  • En 2000 avec la crise dite de la bulle internet
  • En 2008 avec la crise dite des « Subprimes »
  • Plus prés de nous en 2018, avec la crise dite des tensions commerciales entre la Chine et les Etats Unis.
  • et en 2020 avec la crise du C-19 .

Graphique 3 : Taux 10 ans US / SP500

Source : Bloomberg 

Le graphique 4 montre surtout que chaque inversion de la courbe des taux  (ici en vert  quand les Taux du 10 ans de US Treasuries deviennent inferieurs au Taux des Bons du Trésor à 3 mois US  et symbolisé par le passage en dessous de la ligne 0), a été marquée par une récession quelques mois plus tard  avec pour conséquence un recul violent des marchés actions.
Or la courbe des US Treasuries s’est inversée de mars à septembre 2019 !

Graphique 4 : 10 Ans US – 3 mois US / SP 500 

Source : Bloomberg
Si le plus grand marché de taux du monde n’a pas toujours raison, cela y ressemble.
Une chose est par contre certaine, il impressionne tout le monde.

4. La citation de l’édito : Winston Churchill

Plus l’on saura regarder loin dans le passé, plus on verra loin dans le futur.

Mais je ne résiste pas, en ces temps extrêmes, à vous en proposer une seconde du même auteur :

La grande leçon de la vie, c’est que parfois, ce sont les fous qui ont raison.

 
Jack Lequertier

Bien à vous et à vos proches
Jack Lequertier

Membre du Comité de Surveillance de la Gestion des Fonds Afer

Achevé de rédiger le 04 mai 2020

 
Rappel et avertissements :

Les points de vue dans cette « édito » n’engagent que leur auteur. Ils ne sont en aucun cas une recommandation d’achat ou vente d’un quelconque actif financier.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps. Seul votre conseiller, qui appréhende votre situation patrimoniale dans son ensemble grâce au recueil des exigences et des besoins (REB), est en mesure de vous délivrer le bon conseil. N’hésitez pas à le contacter.

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